Acceso a la versión para banda estrecha
Imprimir Enviar a e-mail, GPS
Añadir a Mis Registros

Ernst Beyeler, l'autodidacte de l'art

Ernst Beyeler, l'autodidacte de l'art

Par Emmanuel Tresmontant
 
ViaMichelin : Votre père était employé des chemins de fer et vous vous destiniez à des études d'économie. Rien donc ne vous prédisposait à devenir l'un des plus grands collectionneur du 20e s. ! Comment vous est venu l'amour de l'art ?
 
Ernst Beyeler (rire) : Du ciel ! Après le lycée, j'ai commencé des études de commerce qui ne m'intéressaient pas. Un jour, peu avant la guerre, j'ai rencontré un Juif allemand, Oskar Schloss qui, fuyant le nazisme, avait ouvert à Bâle une petite librairie de livres anciens qui vendait aussi des dessins et des gravures. Oskar était un homme qui avait énormément lu et qui était féru de musique. C'était là un autre univers, qui me fascinait d'autant plus qu'en Suisse nous étions coupés du monde extérieur !
En 1945, Oskar est mort, sans qu'il ait eu le temps de m'apprendre le métier. Malgré cela, ses héritiers m'ont demandé de continuer à gérer l'affaire. J'ai donc complété mes connaissances en travaillant, en lisant et en fréquentant les musées. Les clients restaient, je me débrouillais ! En 1947, j'ai organisé ma première exposition.
Et puis en 1951, j'ai définitivement transformé la librairie en galerie. J'avais surtout envie d'exposer les tableaux des peintres du 20e s., comme Picasso, Klee ou Mondrian - à l'époque, ce dernier n'était pas encore connu, on pressentait seulement qu'il allait devenir important.
 
Vous dites que votre collection est née sans intention précise, sans plan...
 
Je n'avais pas du tout l'idée de faire une collection, d'accumuler et de composer un ensemble. J'étais un marchand qui achetait et vendait. J'achetais trop et ne vendais pas assez, j'étais endetté, il n'était pas facile de garder les tableaux que j'aimais ! Il m'arrivait de ne pas manger pour pouvoir économiser et acheter une gravure de Lautrec ou une aquarelle de Cézanne (rire) !
 
Avec le recul, pouvez-vous dire ce qui a guidé vos choix dans l'acquisition des oeuvres d'art - ces oeuvres qui, exposées dans votre fondation, font figure de « classiques » du 20e s. ?
 
L'intuition ! J'achetais ce que j'aimais, sans tenir compte des théories et des modes. Le fait de connaître les artistes a aussi été important, ça m'a aidé à me faire une opinion. Pour Giacometti, j'ai mis du temps à le comprendre, à l'aimer. Même chose pour Bacon, je ne l'ai aimé que très tardivement. Ayant un tempérament plutôt conservateur, je n'ai jamais été un pionnier ! J'ai toujours voulu voir comment quelque chose se développe et prend de la consistance. Et puis, les peintres contemporains que j'ai aimés presque tout de suite, comme Max Ernst, c'est à peine si on pouvait vendre une de leurs oeuvres à Bâle ! J'étais donc condamné aux « classiques » et aux valeurs sûres.
 
En tant que marchand d'art, avez-vous eu des modèles, comme Kahnweiler, par exemple ?
 
Pour moi, le plus grand marchand c'était Vollard. Kahnweiler était un peu plus limité au sens où il était surtout le marchand de Picasso, et puis il n'a pas aimé l'art abstrait. Mais c'était bien sûr un grand monsieur. Ce sont mes deux modèles.
 
Vous avez connu personnellement Picasso, Bacon, De Kooning et beaucoup d'autres artistes. Humainement, quel est celui qui vous a le plus impressionné ? Et quel est pour vous l'artiste vivant le plus important ?
 
Humainement, Giacometti ! Il était authentique, l'art et la vie pour lui ne faisaient qu'un. Sculpter était sa manière d'exister et de s'exprimer. Un jour, Picasso a eu cette formule qui me paraît essentielle : « L'art sert à laver l'âme de la poussière de tous les jours. Il s'agit d'éveiller l'enthousiasme, car l'enthousiasme est ce dont nous avons le plus besoin - pour nous et pour la nouvelle génération. » C'est en pensant à cette phrase que j'ai créé ma fondation. Quant à l'artiste vivant le plus important, je dirais que c'est Anselm Kiefer*.
 
Le bâtiment conçu par Renzo Piano, et qui abrite votre collection ici à Riehen, tout près de Bâle, en pleine campagne, est-il en lui-même une oeuvre d'art ou est-il surtout destiné à mettre en lumière les oeuvres ?
 
Les deux ! Renzo Piano a parfaitement intégré son édifice au paysage et a fait preuve de retenue et de simplicité. J'avais choisi cet architecte à cause du Centre Pompidou et de la Fondation Menil à Houston (Texas). Je lui ai indiqué dans quel esprit je souhaitais ce bâtiment : « luxe, calme et volupté ». En fait, je ne voulais surtout pas que les gens aient la sensation d'entrer dans un musée fermé, mais dans un endroit vivant et lumineux où l'on se sent bien.
 
La construction de ce bâtiment a coûté 55 millions de francs suisses, soit environ 37 millions d'euros. Avez-vous reçu des subventions ou des aides de la ville de Bâle ?
 
Non, aucune ! De toute façon je voulais rester indépendant.
 
Tout de même, on ne trouve pas une somme pareille sous le sabot d'un cheval !
(Rire) Après des années de vache maigre (au cours desquelles mes amis me demandaient comment je pouvais dormir ; je leur répondais : « je me tourne de l'autre côté ! »), le boom du marché de l'art dans les années 1980 nous a permis de vendre beaucoup d'oeuvres. Nous avons par exemple pu vendre un De Kooning 20 millions de dollars à un collectionneur de Los Angeles. Cela permet de faire progresser l'idée d'une fondation.
 
Les arts d'Afrique, d'Océanie, d'Alaska et d'Amérique du Sud occupent une place importante dans votre fondation.
 
Oui, ces arts constituent pour moi un contrepoids à l'art occidental. En même temps, il y a un lien puisque de nombreux artistes modernes se sont inspirés d'oeuvres africaines, océaniennes ou autres. La Fondation établit ainsi des correspondances et met en lumière des affinités. Par exemple, vous pouvez voir un Yipwon, esprit chasseur de Nouvelle-Guinée, et un Nkisi n'kondi, figure du Congo, confrontés au célèbre tableau du Douanier Rousseau, Le Lion ayant faim se jette sur l'antilope. Même chose pour certains tableaux de Picasso. Ce sont ces chocs qui m'intéressent et qui je pense éclairent le public.
 
* Né en 1945 en Allemagne, Anselm Kiefer vit et travaille actuellement dans le Sud de la France. Dans les années 1970-1980, cet artiste a introduit dans la peinture contemporaine le genre de la peinture mythologique. La mythologie germanique à laquelle se réfèrent les opéras de Wagner et l'histoire allemande jusqu'à la catastrophe du national socialisme. Outre la peinture, cet artiste pratique aussi la photographie, la gravure sur bois et l'aquarelle.


Sitios web de ViaMichelin

viamichelin.at
viamichelin.be
viamichelin.ch
viamichelin.com
viamichelin.co.uk
viamichelin.de
viamichelin.es
viamichelin.fr
viamichelin.it
viamichelin.nl
viamichelin.pl
viamichelin.pt

Profesionales y Empresas

Business Services
Anúnciese en nuestra página Web
Area de Prensa
ViaMichelin Local

ViaMichelin y usted

Newsletter Turismo y Gastronomía
Todos los artículos turísticos
Todos los artículos gastronómicos
Newsletter Automóvil y movilidad
ViaMichelin labs
ViaMichelin.es/navigationgps
Ayúdenos a mejorar los mapas
La guía MICHELIN para iPhone

Productos y servicios Michelin

Elija sus neumáticos

© Michelin 2009

Acerca de Viamichelin.com
Menciones legales
Politica de privacidad
Directorio de mapas
Anuario turístico
Ofertas de Trabajo
Contáctenos